Ce qui me surprend le plus, quand j'embrasse du regard les grands destins de l'homme, c'est d'apercevoir toujours le contraire de ce que Darwin et son école voient ou veulent voir aujourd'hui : la sélection au profit des plus forts, des mieux partagés, le progrès de l'espèce. Le contraire est partout saisissable : l'annulation des coups de chance, l'inutilité des types supérieurs, l'inévitable domination des types moyens et même inférieurs à la moyenne. A supposer que l'on ne nous montre pas pour quelle raison l'homme est l'exception parmi les créatures, j'incline à présumer que l'école de Darwin s'est partout trompée.
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dimanche 11 mai 2014
vendredi 17 mai 2013
« Je ne parle pas pour les faibles qui veulent obéir et tombent à bras raccourcis sur l'esclavage. En présence de la nature inexorable, nous sentons que nous sommes nous-mêmes partie de cette nature inexorable. Mais j'ai trouvé la force où on ne la cherche pas, chez des hommes simples, doux et obligeants, sans le moindre penchant à la domination - et inversement le goût de dominer m'est souvent apparu comme un signe de faiblesse intime ; ils craignent leur âme d'esclave et la drapent d'un manteau royal (ils finissent pas devenir esclaves de leurs partisans, de leur réputation, etc). Les natures puissantes règnent, c'est une nécessité, sans avoir besoin de lever le doigt, dussent-elles, de leur vivant, s'enterrer dans une chaumière. »
samedi 4 mai 2013
dimanche 31 mars 2013
mardi 5 février 2013
« Deux courants en apparence opposés, pareillement néfastes dans leurs effets, réunis enfin dans leurs résultats, dominent actuellement nos établissements d’enseignement : la tendance à l’extension, à l’élargissement maximal de la culture, et la tendance à la réduction, à l’affaiblissement de la culture elle-même. La culture, pour diverses raisons, doit être étendue aux milieux les plus vastes, voilà ce qu’exige une tendance. L’autre invite au contraire la culture à abdiquer ses ambitions les plus hautes, les plus nobles, les plus sublimes, et à se mettre avec modestie au service de n’importe quelle autre forme de vie, l’État par exemple. Je crois avoir remarqué de quel côté est le plus net l’appel à l’extension. Cette extension est l’un des dogmes d’économie politique les plus chers au temps présent. Autant de connaissance et de culture que possible, – donc autant de production et de besoins que possible, – donc autant de bonheur que possible : – voilà à peu près la formule. Nous avons ici comme but et fin de la culture l’utilité ou plus exactement le profit, le plus gros gain d’argent possible. Cette direction pourrait à peu près définir la culture comme le discernement grâce auquel on se tient “au sommet de son époque”, grâce auquel on connaît tous les chemins qui permettent le plus facilement de gagner de l’argent, grâce auquel on possède tous les moyens par lesquels passe le commerce entre les hommes et entre les peuples. La véritable tâche de la culture serait alors de créer des hommes aussi “courants” que possible, un peu comme on parle d’une “monnaie courante”. Plus il y aurait d’hommes courants, plus un peuple serait heureux ; et le dessein des institutions d’enseignement contemporaines ne pourrait être justement que de faire progresser chacun jusqu’au point où sa nature l’appelle à devenir “courant”, de former chacun de telle sorte que de sa mesure de connaissance et de savoir il tire la plus grande mesure possible de bonheur et de profit. Chacun devrait pouvoir se taxer avec précision, chacun devrait savoir combien il peut exiger de la vie. “L’union de l’intelligence et de la propriété” que l’on pose en principe dans cette conception du monde prend valeur d’exigence morale. On en vient à haïr toute culture qui rend solitaire, qui propose des fins au-delà de l’argent et du gain, qui demande beaucoup de temps ; on a coutume d’écarter ces tendances divergentes en les appelant “égoïsme supérieur” ou “épicurisme immoral de la culture”. La morale qui est ici en vigueur exige assurément quelque chose d’inverse, en l’espèce une culture rapide, pour que l’on puisse rapidement devenir un être qui gagne de l’argent, mais aussi une culture assez approfondie pour que l’on puisse devenir un être qui gagne beaucoup d’argent. On ne permet la culture à l’homme qu’en proportion de ce que demande l’intérêt du gain, mais c’est aussi dans la même proportion qu’on l’exige de lui. […]
On a coutume dans tous les cercles savants de se chuchoter à l’oreille quelque chose de cette chanson, je veux dire ce fait partout répandu : l’utilisation, tant souhaitée de nos jours, du savant au service de sa discipline, rend la culture du savant de plus en plus aléatoire et invraisemblable. Car le champ d’étude des sciences est aujourd’hui si étendu que celui qui, avec des dispositions bonnes mais non exceptionnelles, veut y produire quelque chose se consacrera à une spécialité très particulière et n’aura aucun souci de toutes les autres. Si dans sa spécialité il est au-dessus du vulgus, il en fait partie pour tout le reste, c’est-à-dire pour tout ce qui est important. Ainsi un savant exclusivement spécialisé ressemble à l’ouvrier d’usine qui toute sa vie ne fait rien d’autre que fabriquer certaine vis ou certaine poignée pour un outil ou une machine déterminés, tâche dans laquelle il atteint, il faut le dire, à une incroyable virtuosité. En Allemagne où l’on s’entend à recouvrir des faits aussi douloureux d’un glorieux manteau de pensée, on admire comme un phénomène moral cette étroite spécialisation de nos savants et leur éloignement toujours plus grand de la vraie culture : la “fidélité dans les petites choses”, la “fidélité du charretier” devient un thème d’apparat, l’inculture hors des limites de la discipline est proposée comme signe d’une noble modération.
(...)
Un État désire une extension maximale de la culture pour garantir sa propre existence, parce qu’il se sent toujours assez fort pour tenir sous son joug la culture la plus violemment déchaînée et a trouvé sa justification dès lors que la culture la plus étendue de ses fonctionnaires et de ses armées lui apporte en fin de compte un profit à lui, l’État, dans sa rivalité avec les autres États.
(...)
Cette conception fait naître un grand et même un énorme danger : la grande masse va un jour sauter le degré intermédiaire et se jeter sans détour sur le bonheur terrestre. C’est ce qu’on appelle de nos jours la “question sociale”. Car la masse pourrait avoir l’impression que la culture distribuée à la majorité des hommes n’est qu’un moyen pour une minorité d’obtenir le bonheur sur terre : la culture “aussi universelle que possible” affaiblit à ce point la culture qu’elle ne peut plus fonder aucun privilège ni aucun respect. La culture la plus “universelle” c’est justement la barbarie. »
On a coutume dans tous les cercles savants de se chuchoter à l’oreille quelque chose de cette chanson, je veux dire ce fait partout répandu : l’utilisation, tant souhaitée de nos jours, du savant au service de sa discipline, rend la culture du savant de plus en plus aléatoire et invraisemblable. Car le champ d’étude des sciences est aujourd’hui si étendu que celui qui, avec des dispositions bonnes mais non exceptionnelles, veut y produire quelque chose se consacrera à une spécialité très particulière et n’aura aucun souci de toutes les autres. Si dans sa spécialité il est au-dessus du vulgus, il en fait partie pour tout le reste, c’est-à-dire pour tout ce qui est important. Ainsi un savant exclusivement spécialisé ressemble à l’ouvrier d’usine qui toute sa vie ne fait rien d’autre que fabriquer certaine vis ou certaine poignée pour un outil ou une machine déterminés, tâche dans laquelle il atteint, il faut le dire, à une incroyable virtuosité. En Allemagne où l’on s’entend à recouvrir des faits aussi douloureux d’un glorieux manteau de pensée, on admire comme un phénomène moral cette étroite spécialisation de nos savants et leur éloignement toujours plus grand de la vraie culture : la “fidélité dans les petites choses”, la “fidélité du charretier” devient un thème d’apparat, l’inculture hors des limites de la discipline est proposée comme signe d’une noble modération.
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Un État désire une extension maximale de la culture pour garantir sa propre existence, parce qu’il se sent toujours assez fort pour tenir sous son joug la culture la plus violemment déchaînée et a trouvé sa justification dès lors que la culture la plus étendue de ses fonctionnaires et de ses armées lui apporte en fin de compte un profit à lui, l’État, dans sa rivalité avec les autres États.
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Cette conception fait naître un grand et même un énorme danger : la grande masse va un jour sauter le degré intermédiaire et se jeter sans détour sur le bonheur terrestre. C’est ce qu’on appelle de nos jours la “question sociale”. Car la masse pourrait avoir l’impression que la culture distribuée à la majorité des hommes n’est qu’un moyen pour une minorité d’obtenir le bonheur sur terre : la culture “aussi universelle que possible” affaiblit à ce point la culture qu’elle ne peut plus fonder aucun privilège ni aucun respect. La culture la plus “universelle” c’est justement la barbarie. »
mardi 11 décembre 2012
"On a fait un grand pas en avant lorsqu'on a fini par inculquer aux grandes masses (aux esprits plats qui ont la digestion rapide) ce sentiment qu'il est défendu de toucher à tout, qu'il y a des évènements sacrés où elles n'ont accès qu'en ôtant leurs souliers et auxquels il ne leur est pas permis de toucher avec des mains impures, — c'est peut-être le point le plus élevé d'humanité qu'ils peuvent atteindre. Au contraire, rien n'et aussi répugnant, chez les êtres soi-disant cultivés, chez les sectateurs des «idées modernes», que leur manque de pudeur, leur insolence familière de l'oeil et de la main qui les porte à toucher à tout, à goûter de tout et à tâter de tout ; et il se peut qu'aujourd'hui, dans le peuple, surtout chez les paysans, il y ait plus de noblesse relative du goût, plus de sentiment de respect, que dans ce demi-monde des esprits qui lisent les journaux, chez les gens cultivés."
dimanche 2 décembre 2012
« Car qu’est ce que la liberté ? C’est avoir la volonté de répondre de soi. C’est maintenir les distances qui nous séparent. C’est être indifférent aux chagrins, aux duretés, aux privations, à la vie même. C’est être prêt à sacrifier les hommes à sa cause, sans faire exception de soi-même. Liberté signifie que les instincts virils, les instincts joyeux de guerre et de victoire, prédominent sur tous les autres instincts, par exemple sur ceux du « bonheur ». L’homme devenu libre, combien plus encore l’esprit devenu libre, foule aux pieds cette sorte de bien-être méprisable dont rêvent les épiciers, les chrétiens, les vaches, les femmes, les Anglais et autres démocrates. L’homme libre est guerrier. »
dimanche 23 septembre 2012
Mais quelle erreur plus grande et plus néfaste que celle des heureux, des robustes, des puissants d’âme et de corps qui se mettent à douter de leur droit au bonheur ! Arrière ce « monde renversé ! » Arrière ce honteux amollissement du sentiment ! Que les malades ne rendent pas malades les bien portants — et cet amollissement ne serait pas autre chose — tel devrait être sur terre le point de vue supérieur : — et pour l’atteindre il faudrait tout d’abord que les bien portants fussent séparés des malades, qu’ils soient mêmes protégés de la vue des malades, qu’ils ne se confondent pas avec eux. Ou bien serait-ce peut-être leur devoir de se faire gardes-malades ou médecins ?… Non, ils ne pourraient méconnaître leur devoir d’une façon plus flagrante qu’en agissant ainsi, — l’élément supérieur ne doit pas s’abaisser à être l’instrument de l’élément inférieur, le pathos de la distance doit aussi, pour toute éternité, séparer les devoirs ! Le droit d’existence des bien portants — c’est le privilège de la cloche sonore sur la cloche fêlée au son trouble — est d’une importance mille fois plus grande : eux seuls sont la garantie de l’avenir, eux seuls sont responsables de l’humanité. Ce qu’ils peuvent, ce qu’ils doivent faire, jamais un malade ne devrait et ne pourrait le faire : mais pour qu’ils puissent faire ce qu’ils sont seuls à devoir faire, comment leur laisserait-on encore la liberté d’agir en médecins, en consolateurs, en « sauveurs » des malades ?… Et pour cela, laissez entrer de l’air pur ! Évitez surtout le voisinage des asiles d’aliénés et des hôpitaux de la civilisation ! Ayez bonne compagnie, notre compagnie ! Ou bien créez la solitude, s’il le faut ! Mais fuyez en tous les cas les émanations nuisibles de la corruption interne et de la secrète atteinte de la maladie. De la sorte, mes amis, nous pourrons nous défendre, du moins pendant quelque temps encore, contre les deux plus terribles contagions qui nous menacent particulièrement, — contre le profond dégoût de l’homme ! contre la profonde pitié pour l’homme !…
vendredi 20 mai 2011
Chromosome XX
Il y a aussi la femme ! Une moitié de l'humanité est faible , essentiellement malade , changeante , inconstante , - la femme a besoin de la force pour s'y cramponner , il lui faut une religion de la faiblesse qui la glorifie , comme s'il était divin d'être faible , d'aimer et d'être humble , - la femme règne si elle parvient à subjuger les forts . La femme a toujours conspiré avec les types de la décadence , avec les prêtres , contre les "puissants" , les "forts" , les hommes - . La femme met à part les enfants pour le culte de la piété , de la compassion , de l'amour ; - la mère représente l'altruisme d'une façon convaincante ...
Nietzsche , La Volonté de Puissance
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